Voyages & Découvertes

Tsak Bam

mardi 17 août 2021 par Stephan Mardaga

Tsak Bam est le nom donné au festival d’art contemporain qui se tient sur l’île d’Egine en Grèce où je séjourne. Il se déroule cette année dans une grande propriété dénommée Kollato du nom d’un homme célèbre du cinéma grec.

Par chance, le samedi après-midi, je croise dans la rue piétonnière du centre-ville un pote qui m’en parle et m’explique le chemin pour s’y rendre. Peu après, je tombe sur sa femme, danseuse professionnelle, qui me remet le flyer qui comporte toutes les indications voulues.

Ma petite-fille âgée de 9 ans et moi, nous nous présentons, au coucher de soleil, à l’entrée. Celle-ci est tenue par une connaissance, une dame hollandaise établie depuis longtemps en Grèce. C’est avec plaisir que nous échangeons quelques mots en Néerlandais. A ma demande du prix d’entrée, elle nous montre une urne afin d’y déposer la somme d’argent de notre contribution volontaire au festival. Une petite allée jalonnée de bougies mène à une grande demeure. Tout autour des scènes sont aménagées dans des endroits dont certains sont dissimulés. Le tout illuminé discrètement par des points lumineux ou des guirlandes colorées. L’espace est grand et les gens déambulent, se rencontrent et se parlent sans élever la voix. Les enfants en bandes de joyeux lurons courent à droite, à gauche.

J’avais promis à mon épouse de l’appeler. Pour être discret, je m’installe à l’autre bout du verger de pistachiers qui jouxte le jardin d’agrément. La chaise de camping est dépliée, la bouteille d’eau et de vin ainsi que le cendrier trônent sur une petite table basse. La conversation avec vidéo va bon train. Au loin, comme des ombres, déambulent des personnes à l’orée du verger puis s’arrêtent. Un murmure musical au son électronique se fait entendre. Je mets fin dare-dare à la conversation téléphonique quand apparaît, sortant de la pénombre, une file de personnages qui marchent lentement. Vêtus de combinaisons blanches avec capuchons, ils portent chacun un smartphone qui, tout en éclairant leur visage d’une lueur blafarde, diffuse cette complainte musicale. Celle-ci se réverbère en écho d’un appareil à l’autre.

Tsak Bam - Safe Distance #1

La performance a commencé. Le public d’un côté et moi seul de l’autre avec ma chemise à fleur et short turquoise : le parfait vacancier. Les acteurs de dispersent et vont d’arbre en arbre examiner les feuilles comme des reliques. Je suis halluciné ! Est-ce des extra-terrestres ? Ou serait-ce plutôt des humanoïdes venus du futur afin de découvrir la terre originelle avant le grand effondrement écologique ? Le groupe se reforme en file indienne. Une femme en tête lance des ordres dans le micro de son smartphone, ordre qui se répercute en décalé à travers les autres téléphones. Cheminant à travers le verger, ils s’approchent de l’endroit où je me trouve. Ils font une large boucle et passent derrière moi sans me remarquer. Ils recommencent une seconde fois tout en m’ignorant telle une personne qui ne fait pas partie de leur vision du monde, qui n’est pas détectée par leur machine. Un frisson me parcourt le corps et me voilà en pleine science-fiction.

Tsak Bam - Safe Distance #2

Peu après, ils se mettent en cercle tournés vers le centre. Ensemble, ils lèvent leur smartphone tenu à bout de bras vers le ciel comme pour une prière commune. Finalement, ils déposent leur engin au sol et rentrent dans les coulisses. Les applaudissements fusent. Les acteurs, sans leur combinaison, reviennent récupérer leur matos. Je me précipite pour les féliciter. Tout sourire la meneuse du groupe me fait part de sa joie d’avoir pu m’inclure dans le spectacle. Un peu abasourdi, je rejoins des personnes de ma connaissance qui me félicitent de ma participation à cette performance. Mais je n’ai rien voulu !

Safe Distance (performance - 10’) - Stella Dimitrakopoulou, in collaboration with Konstantinos Tsiolis.

How does it feel to always have a cop over your head, and with every step you take the sirens squeak ? What sounds like a safe distance between you and me ? The closer our bodies get, the more the vibrations between us intensify. Can we hug each other without being hurt ? Do you dare to overcome the proximity restrictions at all costs ? An audio-motor game with the hygiene rules of social distancing where social contact is distorted through telecommunications.


Le lendemain soir, nous remettons cela. Comme ma petite-fille court dans tous les sens avec ses copains et copines, elle peut m’indiquer où les performances se déroulent dans cette propriété aux multiples recoins discrets et cachés.

En fin de soirée les spectateurs se réunissent en arc de cercle autour d’une scène circulaire entourée de bougies colorées. Une femme au visage couvert d’un masque est perchée dans un arbre tandis qu’une autre est accroupie derrière un bosquet de laurier. Devant celui-ci se trouve un musicien et ses instruments. Il commence à souffler dans un didgeridoo tout en jouant de diverses percussions faisant sonner des timbales et des clochettes. La profonde vibration du son est parsemée de cris d’oiseaux émis par des haut-parleurs installés derrière le public.

Tout à coup la femme dans l’arbre saute à terre et entre en scène suivie de l’autre. Commence alors une danse faite de tournoiements, de sauts et de roulements au sol. A quatre pattes, telles des panthères, elles s’approchent des enfants assis aux premières loges. Ils sont fascinés et certains lachent des rires. Insidieusement mon cœur se met au diapason de cette danse initiatique, chamanique au point que des larmes me viennent aux yeux.

Tsak Bam - Sensuous Terrain #1

Du fond de la scène apparaît une femme âgée aux longs cheveux gris. Elle est vêtue d’une robe blanche et tient des deux mains, devant elle, une bougie qui lui éclaire le visage. La musique se fait discrète. Elle récite d’une voix haute et claire un texte en espagnol. Les mots claquent et sont chargés d’émotions. Est-ce un poème, parle-t-elle d’une histoire d’amour impossible ? La déclamation s’arrête et le temps est en suspens. Alors qu’une nouvelle musique en sourdine se fait entendre, elle part dans une envolée lyrique dans laquelle transparaît l’espoir, la joie et l’allégresse. La musique mexicaine de fête devient de plus en plus forte. Le public est transporté dans ce tourbillon de gaîté et d’optimisme.

Tsak Bam - Sensuous Terrain #2

Un dicton me vient en mémoire : « Contre mauvaise fortune, bon cœur ». Des larmes me coulent sur les joues. Et nous applaudissons tous frénétiquement dans une ovation commune.

Sensuous Terrain (performance) - Myrto Apostolidou, Melina & Amfissa Adrakta, Beatrice Akra, Kevin Dib

’’I went looking for stories in dark places. In caves hundreds of feet into the base of Welsh hills the immensity of tree root and stones suspended above my fragile head I learned slow words down there... I took myself to dreaming places,forgotten places, places deserving of shrines ’’
Martin Shaw - Scatterlings

Can we deepen our rapport with that which isn’t human ?
Can Romanticism be viewed as activism ?

A group of friends from the island of Aegina engage in a 25 minute performance of arranged synchronized movement, loops, soundscapes and giving life to inanimate objects. The project is inspired by the works of cultural ecologists such as David Abram and Stefan Harding

TSAK BAM – festival
https://www.tsakbamfestival.gr/contact/


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