Voyages & Découvertes

L’arme à mangues

mardi 9 octobre 2012 par Mardaga

Ici au Liberia, saison sèche ou saison des pluies, c’est pareil au même au niveau de la chaleur, surtout si l’on parque la voiture au soleil : c’est un véritable four a l’intérieur ! Mais voilà pas d’ombre l’après-midi au parking et donc je me décide de trouver une solution. La plus simple est de planter un arbre. J’avise derrière un entrepôt un jeune plant de manguier qui d’ailleurs risque sa peau à l’endroit où il grandit.

Pour effectuer le transfert, je demande l’aide d’un jardinier avec promesse d’un petit gain. Il constate avec moi la trouvaille mais hésite car on ne se sert pas comme cela d’un arbre et donc me dit qu’il faut en demander la permission aux personnes qui travaillent dans le bureau proche. Qu’à cela ne tienne, je connais bien Catherine, on s’apprécie et on rigole à chacun de mes passages dans son bureau. Le jardinier et moi allons la voir pour présenter notre projet.

A mon grand étonnement, elle en fait toute une histoire, incroyable ! Des raisons à n’en plus finir, une réaction disproportionnée et pas du tout le genre de rapport que j’ai avec elle. Et ce n’est pas une question d’argent ! Je pense même qu’elle ne sait pas elle-même le pourquoi de son opposition. Enfin, je n’en fais pas un pataquès et laisses tomber.

Pourtant la semaine suivante, je retrouve le jardinier et l’embarque à nouveau avec les outils. A nouveau, il objecte. J’ai beau lui dire que j’ai les autorisations des plus hautes instances, rien n’y fait : il est impératif de recevoir le feu vert de Catherine. Bon bien, je retourne voir la personne et me prépare à nouveau à une foire d’empoigne. Eh bien non, elle me demande de lui montrer l’arbre et consent sans objections. Les mystères des femmes libériennes sont insondables.

Nous voilà donc au travail en train de creuser et puis un bruit métallique se fait entendre. Qu’est-ce que l’on découvre ? Un morceau d’arme rouillée. Nous embarquons le tout, la trouvaille et le plant pour aller replanter le manguier au bon endroit qui nous permettra d’avoir de l’ombre ... dans 10 ans !

Je montre l’objet à la femme de ménage, qui accepte avec un peu de Le jardinierréticence de la nettoyer, et de gratter sommairement la rouille. Évidemment, la nouvelle fait le tour des environs et les supputations vont bon train quand à savoir quel type d’arme fait partie la trouvaille. Je parle de ceci à Catherine qui me dit que cet endroit était le repaire du chef des rebelles et que cela ne l’étonne pas. Et elle me raconte sommairement son vécu durant la guerre civile, ce qui n’est pas triste … je commence à comprendre sa réticence initiale.

Bon tout cela est bien, mais que faire de cet objet ? La femme de ménage me dit que les armes ne sont pas bonnes et je lui objecte que ce sont aussi elles qui, en de bonnes mains, ont apportées la paix au Liberia grâce aux Nations Unies. Après plusieurs avis, je me décide de la jeter dans le fleuve en face de mon logement.

Voilà donc le vendredi soir, et nous partons avec un ami au restaurant, le Marlin Corner, qui se trouve de l’autre côte de la Saint-Paul River. J’embarque l’objet et décide de le jeter dans la rivière au retour quand nous serons la nuit sur le pont. Après un bon repas et libations avec la Club Beer locale, j’échange quelques mots avec une personne aux toilettes et puis la conversation s’enchaîne et je lui demande quel est son métier. Il est ferronnier d’art et sa spécialité est la reconversion des armes en sculpture ! Imaginez mon étonnement et la conversation qui s’enchaîne. C’est donc lui qui a réalisé ces magnifiques balustrades qui entoure la terrasse du restaurant où nous sommes assis. Je lui parle donc de l’objet en question et convenons de nous revoir bientôt.

Marlin Corner

Une question me taraude : que vient faire cette arme dans ma vie ? Quel message porte-t-elle ?

Je suis justement en train de lire un : La Voleuse de Livres de Markus Zusak. L’histoire se passe en Allemagne durant le nazisme et elle est racontée par la Mort dont la curiosité est éveillée par une jeune fille qui lui échappe. Allemagne nazie, la guerre, cela réveille des souvenirs : mon père a été forcé d’y travailler pendant cette période dans une usine d’armement. Une idée germe en moi : pourquoi ne pas faire quelque chose de cette arme afin d’exorciser ces malheurs ? Rendez-vous est donc pris avec Manfred.

Je lui fait donc part de mes élucubrations intellectuelles et aussi des conditions dans lesquelles cette arme a été trouvée. L’idée du manguier lui plaît énormément, mes élucubrations moins, et je lui confie l’arme afin d’en faire une sculpture.

Le résultat est donc cette création : quoi de plus magnifique comme reconversion !

La sculpture


Le site de Manfred Zbrzezny : http://fyrkuna.com/


Portfolio

Balustrade 1 Balustrade 2 Balustrade 3 Balustrade 4 Balustrade 5 Balustrade 6 Balustrade 7 Manfred Zbrzezny Pied de Table 1 Pied de Table 2 Travail 1 Travail 2
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