Voyages & Découvertes

Haïti après 5 jours

jeudi 28 janvier 2010 par Pinat Pierre

Samedi 23 Janvier

Je me réveille à peine, et les mêmes sentiments, toujours les mêmes, qui reviennent à l’esprit au galop.

J’aimerais autre chose.
J’aimerais penser à autre chose, faire autre chose.
J’aimerais que cela ne soit jamais arrivé.

Chaque jour, de nouveaux noms. Des noms des personnes que l’on a connues et perdues. N..., N..., E... .

(E... était maman d’une petite fille de 2 ans)

A la fois, je ressens le besoin de vous écrire et de partager.
A la fois je ne veux pas vous "embêter" avec ça. En rajouter une couche.
C’est déjà un tel battage médiatique. Parce qu’aussi, je cherche d’habitude à être positif et qu’en ce moment, il y a pas grand chose de positif à partager. Enfin si. Il y a des retrouvailles. Quelques précieuses et heureuses retrouvailles.

Mercredi soir

S....

Elle vient du Kosovo et est installée en Haïti depuis 5 ans, elle s’y est mariée et a une petite fille qui a 14 mois.

Ça fait tellement du bien de se voir. On se sert dans les bras, on a envie de rire, de pleurer, on parle, on parle, on parle. Je suppose que l’on fait sans le savoir un "debriefing"

Elle était à Santo Domingo pendant le tremblement de terre. Ici aussi on l’a ressenti et elle a eu une peur bleue. Son mari était à Port au Prince.
Il raconte que la terre était devenue comme la mer, faisant des vagues sous ses pieds.

Vendredi après-midi

Je suis à l’hôpital de Santo Domingo.

Visiter les collègues que je connais ou pas.

Il est Libérien. Un point commun non des moindres entre nous deux. Il me dit que ce séisme d’une minute, c’est pour lui l’équivalent multiplié par trois de 15 ans de guerre civile à Monrovia.

Il y a aussi une autre collègue qui est resté 9 heures sous les décombres.
Et une autre… 5 jours.

L’histoire de celle-ci est incroyable.
Elle vient du Niger et travaille en Haïti depuis un an. Elle me raconte que lorsqu’elle s’est retrouvée enfouie sous les décombres, elle a été séparée d’une amie par un mur.
Quand son amie ne répondait plus à ses appels, elle a compris que son amie était morte.
Les heures, les jours ont passé.
Évidemment déshydratée, elle ne pensait qu’à boire.
Et puis elle a rêvé.
Elle a rêvé que son amie lui donnait de l’eau fraiche.
Lorsqu’elle s’est réveillée, elle ne ressentait plus la soif.
Elle avait la vessie pleine comme si elle avait vraiment bu.

L’infirmière apporte une assiette de fruits coupés.
Et elle m’adresse alors cette phrase magnifique, typique pourtant, que j’ai entendue tant de fois en Afrique de l’Ouest : « Allez approche-toi, on mange ! »

Samedi matin

Je réussis enfin à joindre mon colocataire.
Au moins depuis quelques jours, je ne me faisais pas trop de soucis à son sujet car je savais qu’il allait bien. Il se repose maintenant quelques jours à New-York, avec sa famille qui vit là-bas. Il me dit que s’il s’en est sorti, c’est parce qu’il a sauté par la fenêtre. Je parle également avec son épouse. On ne se connait pas, on ne s’est jamais vu, mais on est drôlement content de se parler !

Samedi après-midi, j’ai rendez-vous au centre ville avec la sœur et le beau-frère de mon meilleur pote haïtien. Je les avais déjà rencontré en juin dernier, lors d’une semaine de vacances. Ils me donnent des nouvelles rassurantes sur la santé de tout le monde, à part que toute la famille dort dans la rue. La maison est fissurée et ils ont peur qu’elle ne s’écroule. Ça me rends dingue de savoir cela. Que ces gens que je connais et que j’aime dorment ainsi dans la rue. Mais ils sont vivants ces problèmes ce n’est que temporaire, Pierre, dis toi que ce n’est que temporaire.

Demain dimanche, j’ai une formation à l’aéroport de Santo Domingo.

Il y a besoin de renfort.
Je vais y travailler… quelques jours, quelques semaines ?


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