Voyages & Découvertes

Deux poissons en musique

lundi 4 août 2008 par Mardaga

Le dimanche est le jour de la ballade dominicale. Pas de voiture, tout à pied et autant que possible pas de taxis. Facile car les familles que je visite habitent aux alentours. Me voilà donc parti. Le ciel est fort nuageux, mais bon il ne pleut pas et je ne veux pas m’encombrer d’une veste ou d’un parapluie : mon aventure à moi quoi !

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Lucy Kamara

Je décide de commencer la visite chez Comfort et Lucy. Cette dernière m’avait appelée milieu de semaine car elle souffrait de la typhoïde, et cela empire. Elle decide de suivre un traitement (une injection quotidienne à l’hôpital). Maintenant, cela va un peu mieux, bien qu’elle est encore faible mais pas de vomissements ou de fièvre. Ouf ! Lucy, je l’aime bien car quand je dis des bêtises ou quand je porte de faux jugements à propos de leur culture, elle me reprend sagement et m’explique calmement comment cela se passe. De plus, elle parle bien l’anglais et je peux la comprendre facilement. Elle est grand-mère depuis peu et sa petite-fille, Mamina, est très mignonne : là est mon point faible, les bébés. D’ailleurs quand j’arrive, il n’y a pas 5 minutes qui passent sans que je me retrouve avec un bébé dans les bras.

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Mamina et l’auteur

La saison des pluies n’est pas une saison joyeuse au Liberia, car l’économie tourne au ralenti et les gens restent chez eux avec peu à vivre. Aujourd’hui on me dit qu’il y a du poisson à vendre au pont qui enjambe la rivière Saint-Paul et cela a l’air du bon. OK, je pars, je connais l’endroit et ai l’habitude de négocier avec les vendeurs. Pas de chance, voilà la pluie qui vient et je me réfugie sous un auvent d’une échoppe. Là, je rencontre Eva Young, une guitariste chanteuse, et l’on cause le temps que l’averse passe.

Négociation menée de main de maitre et me voilà acquéreur de deux magnifiques poissons qui doivent bien faire dans les 4 kilos chacun. Pas moyen d’être discret sur le chemin du retour, tous les gens me regardent avec des yeux envieux. Comfort en choisit un et l’autre sera pour Lucy. C’est la grand-mère qui s’occupe du découpage et déjà on sent l’ambiance qui s’amorce sous des bonnes augures. En attendant, Lucy me file une assiette de riz avec palm butter sauce que je partage avec Comfort car j’ai décidé de ne plus manger seul. Le couteau n’est pas suffisant pour la découpe et on envoie chercher une hache. Les chiens rodent autour et le voisin met de la musique. Dans un coin de la terrasse trois jeunes filles se font les cheveux et cela va prendre toute l’après-midi.

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Eva à la découpe

Et voilà c’est parti, le riz est mis à cuire et les morceaux de poisson à griller : il y en aura pour la semaine. Le bébé est envoyé à la tétée et j’en profite pour aller faire un tour chez la famille Kollie avec au retour un arrêt chez Boubakar pour prendre un thé vert. A mon retour, surprise, Eva est là avec sa guitare. Le temps de m’assoir et hop le bébé dans mes bras ! Lucy part à l’hôpital pour sa piqure et revient sur les genoux, direct au lit pour la sieste.

La nourriture est servie et est évidemment très épicée. Le poisson me semble un peu bizarre et Comfort me dit que je mange l’estomac. Eva prend sa guitare et nous voilà avec les enfants en train de taper dans les mains et de chanter. Son répertoire comprend des chansons libériennes, mais aussi du reggae et même la bamba. Eva me fait une liste de chansons afin que je cherche sur Internet les partitions. Des connaissances qui reviennent de l’église passent pour faire un bonjour. Qu’est-ce qui se passe ici ? On fête quoi ?

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Eva Young

Lucy sort de sa sieste. En un élan de spontanéité, elle m’entraine chez elle pour m’offrir un couvre-lit avec trois taies de Sierra Leone. Elle revient pour participer, eh ! La forme revient. On chante des chansons stupides du genre "Je ne peux m’empêcher de pleurer quand je regarde des films d’amour". "Un baiser sur mes lèvres me font mourir". Bref on se marre et on s’envoie des vannes. La grand-mère ne peut s’empêcher de danser et un voisin sort pour une parade amoureuse ce qui amuse tout le monde.

Il est temps de partir et Comfort me raccompagne. L’air est frais durant la saison des pluies et la ballade de retour est agréable. Au moment de la séparation, je lui fais la bise, coutume de mon pays. que je dis, cela la surprend à tous les coups. Les africains ont besoin de peu : du poisson, de la musique et les voilà heureux, moi aussi.


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