Voyages & Découvertes

Derrière ma tente se tenait un beau building

dimanche 28 janvier 2007 par Aboubakiry Koulibaly

Kasenyi est une petite cité au bord du lac Albert, le lac le plus poissonneux du monde. L’odeur du poisson grillé et fumé en harmonie avec la musique du vent et des vagues déferlantes laisse croire à un village de pécheurs. Et pourtant Kasenyi n’est pas peuplé par des pécheurs, mais par des éleveurs qui pour des raisons sécuritaires se sont convertis à la pêche.

Dans cette cité peuplée par les hemas, la MONUC et le PNUD s’y déploient corps et âme pour le maintien de la paix. Nous y étions affectés en tant que coordinateurs de site de transit pour la coordination des actions humanitaires du programme DDR. La zone était à hauts risques et dans le système sécuritaire des Nations Unies c’est une zone à phase quatre. Les conditions sécuritaires sont telles que tout mouvement du personnel doit être soumis à une escorte militaire.

Je fus logé dans le camp militaire des Bangladeshi pour jouir de plus de sécurité. A l’intérieur du dit camp je disposais d’une tente carrée de 2m50 de côté qui me servait d’hébergement. Nous avions la liberté de circuler dans la tranche horaire 08h00 17h00 au cœur de la cité. Au delà de 18h00 les armes commençaient à crépiter, une façon pour les milices de signaler leur désaccord au programme de désarmement.

Un vendredi soir après la prière de la mosquée nous fûmes surpris par une tornade de coups de feu. Ce fût un affolement général et la course à la sauve-qui-peut. Les militaires se ruèrent dans leurs immeubles tandis que les Milobs et Coordinateurs de site sans choix replongèrent dans leurs tentes.

Capitaine Sanou notre hyper moralisateur d’antan n’avait plus rien à dire, et pour calmer ses nerfs il cloua sa bouche.

Bouche bée et regards scrutant le plafond de la tente tous se posaient la même question : un mur en plastique peut-il arrêter une balle perdue ?

Et pourtant derrière ma tente se tenait un beau building, pourquoi alors ne pas y chercher refuge ?

Au fur et à mesure que les explosions d’armes lourdes et légères doublaient d’ampleur, d’autres explosions retentissaient à l’intérieur du bâtiment.

En un moment donné j’ai entendu tellement de coups de canons que j’ai dû croire que ce building servait de base arrière pour nos soldats ou de chambre de ravitaillement en munitions. Lorsque finalement pris de panique je décidai d’aller chercher refuge dans le bâtiment, grande fut ma surprise de me retrouver dans les toilettes. Et pour gérer mon stress je laissai exploser mon rire à partir du moment où j’ai compris la différence entre les explosions de la milice et ceux en provenance du bâtiment. Un méli-mélo de trois explosions de natures diamétralement opposées constituant une véritable symbiose de musique reggæ - jazz.

Je dédie ce petit récit de terrain à mes camarades de camp avec qui j’ai toujours partagé les désagréments de la vie sous la tente :

- Capitaine Sanou Militaire observateur de la MONUC
- Capitaine Eric et Major Kobo Forces Armées de la RDC
- Papy Sangara interprète de la MONUC

Kasenyi, mars 2005


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